Les 12 questions ci-dessous sont celles que posent le plus souvent les gérants et directeurs d'établissements recevant du public. Chaque réponse est directe, sourcée au règlement de sécurité ERP (à jour 2026) et orientée vers un principe simple : rester conforme sans se ruiner. En cas de doute sur votre situation précise, contactez Sam Incendie pour une analyse de votre cas.
1. Mon local est-il un ERP, et quelle est ma catégorie ?
Dès que vous recevez du public — clients, patients, élèves, spectateurs — vous êtes un ERP, que l'accès soit gratuit ou payant.
Ce qui change tout, c'est la catégorie, et elle dépend uniquement de l'effectif que vous pouvez accueillir (le personnel ne compte pas dans ce calcul). On distingue deux groupes :
- 1er groupe (1re à 4e catégorie) : les gros effectifs. Commission de sécurité, SSI, contrôles réguliers.
- 2e groupe (5e catégorie) : les petits établissements, sous les seuils fixés par type d'activité. C'est là que tombent la majorité des commerces, cabinets et petits restaurants.
Le piège classique : un local loué dans une galerie ou un immeuble n'est pas toujours un ERP « isolé ». S'il communique avec l'ensemble, on raisonne sur le bâtiment entier, pas sur votre seule surface.
2. Petit établissement de moins de 100 personnes : quel est le minimum légal ?
En 5e catégorie, la réglementation est bien plus légère qu'on ne le croit — méfiez-vous d'un commercial qui vous vend une centrale incendie à 8 000 €.
Le socle réel pour un petit ERP sans locaux à sommeil :
- art. PE 26 §1 · MS 39 Extincteurs : au minimum un appareil pour 300 m² et un par niveau.
- art. PE 27 Alarme : un système audible partout, plus une liaison possible avec les pompiers. Sans locaux à sommeil, l'alerte peut même venir du public ; en occupation très momentanée, aucun dispositif n'est exigé.
- Dégagements dégagés, consignes affichées, registre de sécurité tenu à jour.
Le vrai sujet n'est pas d'en faire plus, mais de prouver que vous faites exactement ce qu'il faut. Un dossier propre passe la commission ; un sur-équipement mal documenté, non.
3. Combien de sorties (dégagements) dois-je avoir ?
Cela se joue à l'effectif, et le règlement 5e catégorie est clair.
| Effectif du public | Dégagements exigés |
|---|---|
| Jusqu'à 19 personnes | 1 dégagement de 0,90 m |
| 20 à 50 | 1 sortie de 1,40 m sur l'extérieur (trajet < 25 m), ou 2 dégagements (0,90 m + 0,60 m) |
| 51 à 100 | 2 dégagements de 0,90 m, ou 1 de 1,40 m + 1 de 0,60 m |
| 101 à 200 | 1 de 1,40 m + 1 de 0,90 m |
| 201 à 300 | 2 de 1,40 m |
Le point que tout le monde rate : un dégagement, ce n'est pas qu'une porte, c'est le chemin complet jusqu'à l'extérieur, sans cul-de-sac de plus de 10 m. Une belle porte de secours qui débouche sur un couloir encombré ne compte pas.
4. Une alarme incendie est-elle obligatoire, et laquelle ?
Oui, tout ERP doit avoir un système d'alarme (art. PE 27 pour la 5e catégorie) — mais « alarme » ne veut pas dire « installation à plusieurs milliers d'euros ».
Ce que le texte exige vraiment :
- une alarme générale audible de tout point du bâtiment, le temps de l'évacuation, avec un son non confondable ;
- une liaison avec les pompiers (un téléphone conforme suffit dans beaucoup de cas) ;
- un système maintenu en état de marche.
La gamme supérieure — détection automatique et SSI de catégorie A sans temporisation — n'est imposée qu'en présence de locaux à sommeil (hôtel, hébergement, structure pour personnes âgées). La vraie question avant de signer un devis : des personnes dorment-elles dans l'établissement ? Si non, vous êtes probablement sur un équipement simple.
5. En cas d'incendie, que risque le gérant ?
Il faut séparer deux choses que l'on mélange trop souvent.
art. L143-3 · R143-44 Le volet administratif (Code de la construction) : si l'ERP est en infraction, le maire peut mettre en demeure, puis ordonner la fermeture jusqu'à mise en conformité. Ignorer un arrêté de fermeture, c'est 10 000 € d'amende et une astreinte journalière. Le registre de sécurité est le premier document demandé.
Le volet pénal est le vrai risque : en cas de blessés ou de morts, le dirigeant n'est plus jugé sur une amende ERP mais sur le Code pénal (homicide ou blessures involontaires), avec une peine aggravée s'il connaissait le défaut sans agir. C'est la responsabilité personnelle du dirigeant qui est engagée, pas celle de la société.
La délégation de pouvoir écrite est le seul outil qui déplace vraiment cette responsabilité — à condition qu'elle soit réelle (autorité, moyens, compétence), pas un simple bout de papier. Voir notre article dédié à la délégation de pouvoir.
6. Extincteurs : combien, quel type et quelle maintenance ?
art. PE 26 §1 · MS 39 Le minimum en 5e catégorie : un extincteur pour 300 m² et au moins un par niveau.
En pratique, un local d'un étage de 200 m² = déjà deux appareils (un par niveau), pas un seul. Le type dépend du risque, pas de l'habitude :
- Risque courant / matériaux solides → eau pulvérisée avec additif ;
- Cuisine, friteuse → classe F, spécifique aux huiles ;
- Tableau électrique, local technique → CO₂.
Mettre un seul extincteur à eau partout « pour faire simple » est une erreur fréquente — et un point de non-conformité facile à relever. Côté maintenance : vérification annuelle par un technicien qualifié, appareil visible et signalé, rapports conservés dans le registre de sécurité. Détails dans notre guide extincteurs obligatoires en ERP.
7. On me dit que je dois installer un désenfumage. Est-ce vrai pour un petit local ?
Pas forcément — c'est un des postes où l'on fait dépenser des sommes folles pour rien.
En 5e catégorie, le désenfumage n'est obligatoire que dans des cas précis (art. PE 14 §1) :
- une salle en rez-de-chaussée ou en étage de plus de 300 m² ;
- ou une salle en sous-sol de plus de 100 m².
En dessous de ces seuils, le texte n'exige aucun désenfumage. Un commerce de 150 m² en rez-de-chaussée n'a rien à installer sur ce point. Et quand il s'applique, le naturel suffit (ouvertures haute et basse, surface d'évacuation égale à 1/200 de la surface au sol), avec des commandes qui peuvent rester manuelles. Le mécanique ne s'impose que si vous remplacez volontairement le naturel.
8. Qu'est-ce que le registre de sécurité, et que risque-t-on sans lui ?
art. R143-44 C'est le premier document demandé en visite, obligatoire pour tout ERP.
Ce qu'il doit contenir, noir sur blanc :
- l'état du personnel chargé du service de sécurité ;
- les consignes incendie, générales et particulières, y compris l'évacuation des personnes handicapées ;
- les dates de tous les contrôles et vérifications, avec les observations ;
- les travaux d'aménagement ou de transformation, leur nature et les entreprises intervenantes.
Chaque passage d'un technicien (extincteurs, alarme, électricité) laisse une trace datée. Le piège : beaucoup l'achètent puis ne le remplissent jamais. Un registre vide vaut un registre absent : il n'a de valeur que tenu à jour. Voir notre guide registre de sécurité ERP.
9. Dois-je former mon personnel et organiser des exercices d'évacuation ?
Oui — et c'est un des dispositifs les moins chers qui vous protège le plus.
Le personnel doit être instruit sur la conduite à tenir en cas d'incendie : donner l'alarme, utiliser les moyens de secours, faire évacuer le public. Des exercices d'instruction sont organisés sous la responsabilité de l'exploitant, et leur date doit être portée sur le registre de sécurité — c'est ce que l'on vérifie.
Pour les établissements avec locaux à sommeil (petits hôtels, type PO), le texte va plus loin : deux séances par an minimum (art. PO 7). En cas de sinistre, prouver que le personnel savait quoi faire est exactement ce qui sépare l'accident de la faute. Voir nos formations incendie et exercices d'évacuation.
10. La commission de sécurité passe quand, et peut-elle me fermer ?
Bonne nouvelle : les petits ERP de 5e catégorie sans locaux à sommeil ne sont, en règle générale, pas visités périodiquement.
La commission intervient surtout à l'ouverture, après des travaux, ou sur signalement. Quand elle passe, elle contrôle des éléments concrets : le registre de sécurité (art. R143-44), les rapports de vérification des installations, les dégagements, l'affichage des consignes. Un dossier propre se traite en quelques minutes.
Sur la fermeture, soyons précis : la commission ne ferme pas elle-même. Elle émet un avis. C'est le maire (ou le préfet) qui, après cet avis, peut ordonner par arrêté la fermeture et fixer les travaux à réaliser avec un délai (art. R143-45). Il existe donc toujours une étape administrative avant la fermeture — et une marge pour se mettre en conformité. Détails dans notre article sur la commission de sécurité ERP.
11. J'ai fait des travaux sans autorisation dans mon ERP : qu'est-ce que je risque ?
La sanction n'est pas immédiate — elle s'enclenche par étapes.
Tout ce qui crée, aménage ou modifie un ERP est soumis à une autorisation de travaux préalable (art. L143-1 → L122-3). Sans cette autorisation, vos travaux n'ont pas été validés par la commission : l'établissement est en situation irrégulière, même s'il « marche ». Ce que cela déclenche (art. L143-3) :
- Mise en demeure du maire de régulariser ou de fermer, dans un délai fixé.
- À défaut → arrêté de fermeture après avis de la commission.
- Une astreinte jusqu'à 500 € par jour de retard.
- Ignorer l'arrêté de fermeture = 10 000 € d'amende (L143-3 V).
La bonne nouvelle : tant que vous régularisez à la première étape, la procédure s'arrête là. Le pire, c'est le silence.
12. Accessibilité PMR : que dois-je vraiment prévoir dans mon ERP ?
Deux sujets à distinguer, et les séparer vous évite de payer deux fois.
L'accès (rampes, largeurs de porte, sanitaires adaptés, registre public d'accessibilité) relève de la réglementation accessibilité, distincte du règlement incendie. C'est un régime à part entière.
L'évacuation des personnes handicapées relève, elle, du règlement de sécurité incendie (art. GN 8). Le principe est intelligent : on n'exige pas que tout le monde sorte seul. La règle est l'évacuation pour ceux qui le peuvent, et pour les autres :
- des espaces d'attente sécurisés à chaque niveau (ou une solution équivalente validée) ;
- des cheminements praticables vers les sorties ou ces espaces ;
- une alarme perceptible adaptée aux différents handicaps ;
- une solution formalisée dans le dossier et validée par la commission.
Le point clé : l'aide humaine compte. Un petit ERP de plain-pied avec du personnel présent peut satisfaire GN 8 sans gros travaux — la solution s'adapte à votre réalité, pas l'inverse.
Un doute sur votre établissement ?
Donnez-moi votre type d'activité, votre surface et votre effectif : je vous indique votre catégorie exacte, ce qui s'applique réellement — et ce qui ne s'applique pas.